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 Chronique des Valanor

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Gilgaliel



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MessageSujet: Chronique des Valanor   Jeu 12 Jan - 12:27

PROLOGUE


Galadriel soutint quelques secondes à peine le regard empli de tristesse du noldor agenouillé devant elle. A l'habitude, elle oscillait entre la colère profonde que peuvent avoir les parents pour leurs enfants inattentifs et la plus grande miséricorde pour la souffrance qu'ils ressentent.


Elle résolut d'être à la fois concise et énigmatique et détourna le regard en quittant l'estrade de son trône d'un pas lent.


Galadriel - Je vous avais prévenus.

Sa longue robe immaculée glissa sur le sol, bousculant quelques feuilles automnales et effleurant la hanche de l'elfe toujours agenouillé, plus triste que jamais. La Dame de Lorien avait une parfaite conscience de la douleur qu'une telle réponse engendrait chez son visiteur mais, même chez les elfes les plus âgés, la douleur faisait parfois partie de l'apprentissage.


S'approchant d'un bouquet de fleurs sublimes, elle caressa les pétales iriés du bout du doigt, cherchant avec précision quels seraient ses prochains mots.


Galadriel - Sachant nos heures comptées sur ces terres, vous avez choisi d'enfanter, seigneur Astari. Plus que tout autres êtres, les Noldors ressentent l'appel de la mer et le besoin impérieux de soigner leur âme sur d'autres rivages. Que n'avez-vous pensé plus tôt les tourments qui accableraient votre jeune fils à l'idée de n'avoir vécu que le temps de disparaitre.

Le seigneur Astari, durement touché par ces paroles, inclina la tête et ferma les yeux. Galadriel quitta le bouquet de fleurs pour revenir vers lui dans un froissement soyeux et posa une main apaisante sur son épaule. A son doigt, l'anneau blanc luisait doucement.


Galadriel - Il n'est pas de destin plus enviable que le sien. A ses yeux neufs s'offre le monde et il accueillera chaque chose comme les premiers elfes accueillirent les étoiles voilà des millénaires. Mais le prix de son bonheur est la perte de votre amour pour lui. Une telle passion ne peut s'épanouir en Lothlorien et en ces temps troublés. Voilà pourquoi nous l'avons laissé partir.

Les yeux emplis de larmes, le seigneur Astari releva la tête vers sa souveraine.

Astari - Comment puis-je le perdre ainsi ! J'ai voulu cet enfant plus que tout au monde, plus que la raison et la sagesse même, et vous me demandez maintenant de l'abandonner. Aucun coeur ne saurait s'y résoudre.

Galadriel - A l'instant même de ses premiers pas, son destin vous échappait déjà, seigneur Astari. Les Valar seuls savent pourquoi et comment votre fils a rejeté vos valeurs et votre enseignement. Mais ici, en Lothlorien, nul elfe ne sera jamais retenu contre son gré, fut-il aussi jeune et il en sera ainsi tant que je serais Dame de Lorien... même si cela doit causer de la tristesse au plus aimé et avisé de mes conseillers.

Le seigneur Astari se redressa et regarda la douce main blanche glisser sur son épaule et sa souveraine regagner le trône et s'asseoir avec majesté. Comme il se préparait à quitter la salle du conseil, la voix douce mais ferme de Galadriel le retint.


Galadriel - Il est une évidence que je me dois d'énoncer. L'ennemi est à nos portes et ce danger implique que l'ensemble de nos conseillers soit présent dans la Forêt d'Or, prêt à la défendre. Y compris vous, seigneur Astari.

Astari s'immobilisa, regrettant d'avoir sous-estimé la clairvoyance de sa souveraine. Décidément, cette affaire le privait du plus élémentaire bon sens. Il chercha quelle serait l'attitude la plus adaptée et choisit de dire la vérité.


Astari - Il sera donc dit que nul ne sera retenu en Lorien contre son gré, hormis celui qui l'aime et lui consacre sa vie.

Parmi la centaine de réponses possibles, Galadriel, elle, choisit le silence et observa son conseiller quitter la salle, présageant quelques noirs desseins à l'oeuvre et tentant, dès à présent, d'y contrevenir.
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Gilgaliel



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MessageSujet: Re: Chronique des Valanor   Jeu 12 Jan - 16:54

CHAPITRE I


Les Valanor s'illustraient depuis des siècles au service de Calas Galadhorn, au même titre que de nombreuses autres lignées. Avec le temps, les descendants d'Astor Valanor avaient essaimé leurs enfants dans les gardes, les études et les forges les plus influentes et participaient à la cohésion d'ensemble des forces de Lothlorien.

Une vie complète de dévotion à la cause elfique sur plusieurs générations. A la mort d'Astor, tombé au champ d'honneur contre un Cargül et ses troupes essayant d'intercepter une ambassade de la Forêt Noire qu'il escortait, son second fils Astari releva la place de conseiller à la cour avec brio.

Et si certains supposaient que son relatif jeune âge et son inexpérience militaire étaient un risque, aucune voix ne s'éleva contre les désirs du seigneur Celeborn qui souhaitait par cet acte soutenir la famille Valanor dans la douleur. Astari ne fut pas un sujet de honte pour la Lorien et occupa ses fonctions avec succès de nombreuses années durant. Son goût pour les jeux de l'esprit et les intrigues en firent un éminent stratège et un allié de poids contre la fourberie de l'Ennemi.

Hélas pour lui, Astari n'eut jamais le présent qu'il souhaitait plus que tout, un fils digne de lui succéder, le sort l'ayant doté de deux superbes filles, généreuses et vaillantes, nommées Cerseil et Dianceth. La froide et belle Cerseil rejoignit les sentinelles qui veillent sur les frontières de la Forêt d'Or et la douce et espiègle Dianceth excella vite dans le maniement de l'arc depuis les hauteurs boisées des plateformes de surveillance.

N'importe qui aurait été comblé d'avoir ainsi deux belles et remarquables filles. Mais dans le coeur d'Astari, un fils manquait, même s'il se gardait bien d'en faire montrance au reste de sa maison. Seule son épouse devinait quel désir rongeait son âme et gâchait le plaisir qu'il aurait dû avoir de la vie qui était sienne.

Désespérée de ne pouvoir combler son époux par sa simple présence, elle résolut un jour d'enfanter à nouveau. Une décision qui fut longtemps discutée, le temps des elfes étant révolu. Il était irraisonnable d'enfanter en ces temps troublés, de mort et de départ, surtout pour un Noldor, sujet, plus que tout autre elfe, au poids des considérations matérielles et à la curiosité.

C'est en ces termes que Celeborn et Galadriel tentèrent de l'en dissuader. Astari savait être fin stratège quand il le voulait. Il savait tout autant se murer dans ses convictions s'il le souhaitait.

Gilgaliel vint au monde en ces termes. On raconte que, soucieuse pour son ami et conseiller, Galadriel consulta son miroir et qu'elle n'apprécia pas ce qu'elle y vit.

Les année passèrent, empreintes d'un bonheur sans tâche pour Astari Valanor, aux côtés de son fils. Il lui enseignait le savoir ancien, les mots de commandement et l'histoire de son peuple et du monde. Aveuglé, il ne voyait pas ce qui était évident aux yeux de tous, Gilgaliel n'avait d'yeux que pour les oiseaux, les feuilles et les racines, le vent et la musique. De toute évidence, le jeune noldor possédait une curiosité pour la vie qui ne s'épanchait pas dans la contemplation des livres et des oeuvres de son peuple.

L'enfant grandit et apprit à se battre, un domaine où il excellait bien que son père tenta par tous les moyens de l'en éloigner. Deux filles combattantes semblaient lui suffir et il souhaitait transmettre son savoir et ses enseignements.

A l'aube de ses 141 ans, Gilgaliel quitta la Forêt d'Or sans en demander l'autorisation, bien qu'en secret, les patrouilles l'aient suivi et que son trajet fut reporté aux oreilles de Galadriel nullement surprise. En réalité se déroulait là ce qu'elle avait vu plus d'un siècle plus tôt.

Ordre fut donné de ne rien tenter et d'ouvrir la voie au jeune noldor épris de liberté et ivre de curiosité. Quelle que fut son destin, il ne devait pas s'écrire en Lorien.

De cela, Galadriel était convaincue.
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Gilgaliel



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MessageSujet: Re: Chronique des Valanor   Mar 17 Jan - 13:58

Les orcs étaient partout.

Quel que soit le chemin que le jeune noldor essayait d'emprunter, il tombait inexorablement sur un campement de la Main Blanche. En réalité, la Forêt d'Or semblait encerclée pour de bon et il évalua les faibles chances qu'il avait de parvenir à briser cet encerclement pour partir.

Fatigué par une longue course, il s'arrêta à l'abri d'un bosquet d'arbres mordorés et résolut d'entamer une partie de ses provisions. Au beau milieu des affaires qu'il avait rassemblé pour son voyage se trouvait une petite poche en velour vert fermée par un bouton en cuivre à la forme de glands. Il délia soigneusement la corde qui l'entourait et découvrit non sans émotions le miroir à main préféré de sa mère bien aimée. En contemplant son reflet dans la surface d'argent polie, il se remémora les soirées passées en sa compagnie, occupée à coiffer sa rayonnante chevelure en chantant des airs anciens.

Gilgaliel pouvait passer des heures à l'écouter, caché derrière un paravent ou l'observant par l'encadrement de la porte. Il se rappela aussi le triste jour de son départ pour le Lindon et la sensation d'abandon qu'il avait ressenti. Tous les autres elfes avaient accepté avec fatalisme son départ, même ses soeurs, même son père. Mais lui, il avait senti son coeur se déchirer de chagrin.

Livré entre les mains de son père, ses journées avaient pris un rythme plus qu'accablant fait de lectures et de leçons pour "être prêt à tenir son rang".

Il ne sut par quel miracle ce petit miroir se retrouvait dans son paquetage, ni quelle main amicale avait ainsi veillé à ce qu'il emporte le principal : le plus beau des souvenirs de la Lorien. Mais en son fort intérieur, il l'en remercia et, se couchant sur un tapis de mousse, ferma les yeux et s'endormit sous le regard caché et bienveillant de sa grande soeur Dianceth haut perchée dans les arbres...

... et de Galadriel penchée sur le reflet de son bassin divinatoire. Bien qu'elle devina quelque chose à l'oeuvre dans les tourments qui accablaient la maison Valanor, une partie d'elle aurait volontiers retenu le jeune elfe et le potentiel qu'il représentait pour servir la cause de Lothlorien. Seule son infinie sagesse et sa clairvoyance l'aidaient à ne pas céder à cette envie.

Quittant la clairière en empruntant une volée de marches moussues, un écureuil vint se percher sur son épaule. Elle le caressa du bout du doigt et prophétisa:

Galadriel - Il est difficile de quitter la Lorien ... mais moins que d'y entrer.


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Gilgaliel



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MessageSujet: Re: Chronique des Valanor   Mer 18 Jan - 13:52

Dans l'ombre du refuge qu'il s'était aménagé, Gilgaliel regardait en contrebas Calas Galadhorn s'affairer contre les hordes gobelinoïdes que vomissait chaque jour la Moria. Il aurait dû se sentir impliqué, concerné par cette catastrophe et inquiet de l'avenir des siens.

Pourtant, bien malgré ses efforts, il ne parvenait pas à s'attacher au lieu qui l'avait vu naître. Son coeur et son esprit étaient tournés vers d'autres cieux, vers un monde plus vaste et moins contemplatif, vers l'action plus que la réflexion. Il sentait en ses veines bouillir un sang qui refusait de dépérir à l'ombre rassurante des puissants malornes, qui avait un furieux besoin de liberté.


Comme il semblait être seul à ressentir cet appel, il n'avait développé que des sentiments d'exclusion et d'incompréhension avec les siens et aussi étrange que cela puisse paraître, seul au fond de cette grotte froide et enneigée, entouré par les orcs, il ne s'était jamais senti aussi vivant.


* * *


Loin au delà des frontières du Caradhras, un plan bien plus retors se mettait en oeuvre. Quoi que prétendent les Galadhrims, l'Ennemi avait réussi à étendre son influence sur quelques elfes exposés à la corruption issue de la Moria et si son pouvoir ne pouvait briser les défenses de Nenya, il possédait quelques informations sur ce qui se passait entre les arbres de Calas Galadhorn.

Admettre des humains et des nains avait été une erreur dommageable pour la Sorcière d'Or. Petit à petit, les agents du Mordor rassemblaient des bribes d'informations et prospectaient sur toute brèche possible dans les défenses de la Lorien.

La fuite de Gilgaliel en était une et elle fut exploitée à bon escient.


C'est ainsi que le jeune elfe parvint miraculeusement à franchir le col de Caradhras et gagna l'Eriador. Pour éviter qu'il ne tombe entre les mains du seigneur Elrond et de ses elfes, le Mordor fit circuler des rumeurs sur d'éventuels poursuivants et la colère du seigneur Astari dans les rassemblements elfes et humains qui jallonaient sa route. Gilgaliel évita ainsi de trouver refuge auprès de ceux qui auraient pu lui apprendre la vérité.

Il échoua dans un coin reculé d'Eriador connu comme la Vieille Forêt, un lieu où sa nature profonde pouvait s'exprimer sans crainte d'être retrouvé ou reconnu. Plusieurs agents du Mordor s'installèrent à la ville proche de Bree pour veiller à ce qu'il reste dans cette forêt par des rumeurs sur des envoyés de la Lorien patrouillant dans la région.

Mise à rude épreuve, la patience du seigneur Astari s'effondra lorsque sa première fille Cerseil, douée du don de clairvoyance, pressentit un danger imminent sur son frère cadet et perçut très clairement la présence de deux elfes à ses côtés, dans ce qui semblait être une auberge de conception humaine. Au cours de cette vision, un seul mot perça le silence des images : la femme elfe se tourna vers l'homme et prononça son nom.... "Donoran".

A cet instant précis, ce que redoutait Galadriel se mit alors en oeuvre.

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Gilgaliel



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MessageSujet: Re: Chronique des Valanor   Lun 23 Jan - 15:31

Aux alentours de Bree, la foule, attirée par le festival de Yule, décuplait le bruit et les odeurs ambiantes. Insensible aux agitations festives, Fandrall naviguait dans la foule, prélevant au passage les bourses trop lourdes et mal cachées lorsqu'il en croisait.

Il se dirigeait vers le Poney Fringant, lieu dans lequel on avait aperçu à plusieurs reprises celui qu'il devait trouver. Difficile de dire qu'il se dépêchait compte-tenu de l'épaisseur de la foule mais il jouait des coudes dès que taille de l'obstacle le permettait et il laissa nombre de hobbits bousculés derrière lui quand il parvint sur la place devant l'auberge.

Ses sources lui avaient confirmé la présence de l'elfe quelques minutes plus tôt, en galante conversation avec une elfe assez connu dans le coin du nom d'Eolyhnn. Il avait la description des deux en tête et son regard cherchait quel visage aurait pu correspondre. Avisant un rocher qui surplombait la foule, il s'y jucha, faisant tomber deux ou trois gamins et contempla le fleuve humain à ses pieds.

Par chance, il ne fut pas long à apercevoir une belle elfe descendant les marches du Poney Fringuant. Elle correspondait exactement à la description qui lui avait été faite d'Eolyhnn. S'armant de courage, il sauta en bas du rocher et avança vers elle. Il attendit qu'elle fut seule et courrut à sa suite, prenant un air désespéré.

Fandrall - Gente Dame !

Eolyhnn s'arrêta et observa le chasseur. Tunique en cuir sans fioritures, un grand arc dans le dos, un air rohirrim certainement et des yeux scrutateurs qui démentaient son attitude désespérée.

Eolyhnn - Je peux vous aider, vous semblez perdu

Ravi de la voir tomber dans le panneau, Fandrall continua.

Fandrall - On m'a dit que vous sauriez m'aider, je suis à la recherche de quelqu'un.

Eolyhnn - Sait-on jamais, je connais quelques personnes dans les environs, qui cherchez-vous ?

Fandrall - Est-ce que le nom de Valanor vous dit quelque chose ?

Eolyhnn - C'est bien possible. Il appartient à un elfe que j'ai croisé ce tantôt. Que lui voulez-vous ?

Frandrall - Il faut que je le trouve au plus vite. Savez-vous où il se rendait ?

Eolyhnn - Il a parlé de la Vieille Forêt plusieurs fois.

Voilà qui ne l'aidait en rien. L'elfe avait en réalité quitté l'abri de la Vieille Forêt sans crier gare et les compagnons de Fandrall se trouvaient sans rien à surveiller. Si leur maître apprenait qu'ils avaient perdu l'elfe, leur compte était bon.

Fandrall - Puis-je vous demander un service ?

Eolyhnn - Dites toujours...

Fandrall - La prochaine fois qu'il vous contacte, pourriez-vous me prévenir sans tarder, je resterais à l'auberge.

Eolyhnn - Le prévenir que vous le cherchez ?

Soit cette elfe jouait les imbéciles, soit elle ne brillait pas par son bon sens. Il préféra approfondir.

Fandrall - En fait non, prévenez-moi simplement et évitez de lui dire que je le cherche. Il ne me connait pas et mon nom ne lui dirait rien.

Eolyhnn - Ce qui me fait penser que je ne connais pas votre nom.

Fandrall - Je m'appelle Frandrall

Il fut étonné de réponse avec autant de facilité à cette question. Il regrettait déjà ses paroles quand la seconde question fusa.

Eolyhnn - Et pour quelle raison le cherchez-vous déjà ?

Frandrall - En fait, il est recherché. Mes compagnons et moi devons mettre la main dessus au plus vite. Il a du faire quelque chose de pas bien quelque part...

Presque aussitôt, il porta la main à sa bouche. Pourquoi diable avait-il révélé ça ? Il sentait la situation tourner à son avantage quand la fine bouche de l'elfe s'ouvrir en un large O et ses hurlements emplirent la place, faisant tourner tête aux passants.

Eolyhnn - Comment ! Vous voulez que moi, je vous aide à attraper un elfe pour l'emmener je ne sais où ! mais pour qui vous me prenez, déguerpissez sur le champ !

Les regards se tournant vers eux, Frandrall remarqua quelques braves âmes prêtes à venir défendre la donzelle offusquée et, bredouillant quelques excuses, il se hata vers la ville basse en espérant ne pas y être suivi.

Repensant sa stratégie quelques jours plus tard devant une bonne bière, il eut une seconde occasion. Il n'avait pas menti sur un point : il avait bien prit une chambre à l'auberge du Poney Fringuant. C'est ainsi qu'il assista à une étrange entrevue entre Eolyhnn et plusieurs de ses amis autour d'un étrange elfe à l'air pincé. Se rapprochant aussi prés que possible il perçut le nom de Valanor.

A sa grande surprise, l'elfe ne correspondait pas vraiment à la description qui en avait été faite. Il s'approcha encore plus pour écouter leur conversation. Ils parlaient tous de Gilgaliel, ce qui intéressa Fandrall au plus haut point étant donné que c'était le nom qu'il recherchait.

L'elfe à l'air pincé disait être son père et être venu le chercher pour le protéger d'un danger. Voilà qui compliquait les affaires. Quand l'elfe annonça que son long voyage l'avait fatigué et qu'il se retirait dormir, Fandrall sentit comme une opportunité.
Il suivit l'elfe, attendit qu'il s'endorme et s'empara de lui pendant son sommeil. Le faisant sortir par la fenêtre, il essaya tant bien que mal de le transporter vers la sortie de la ville dans un tonneau vide. Il se disait que le fils viendrait forcement chercher le père s'il le savait en danger.

Parvenu à la porte ouest, il avisa un renfoncement couvert de taillis et y dissimula le corps de l'elfe tout en appliquant une seconde et généreuse rasade d'un poison de sa fabrication pour qu'il reste endormi. Puis il se hâta vers l'auberge pour écouter la suite de la conversation, ignorant qui il laissait ainsi derrière lui.

Au Poney Fringuant, la disparition d'Astari Valanor n'avait pas été sans causer quelques remous, venu avec un garde et en compagnie de sa fille Cerseil, Astari devenait l'elfe le plus recherché de Bree. Le demi-elfe Donoran avait fait venir plusieurs de ses compagnons et de ses fils auprès d'Eolyhnn et tous parcourraient la ville à sa recherche. Frandrall résolut de suivre Eolyhnn, espérant que Gilgaliel se montrerait à elle.

Hélas, leurs recherches étant vaines, ils se regroupèrent tous quelques minutes plus tard pour convenir d'un nouveau plan. Derrière un poteau, fumant sa pipe, Fandrall était aux premières loges pour écouter.

Il comprit vite qu'Astari était un elfe important de la Lorien et commença à douter de son idée de l'avoir jeté dans un taillis ficelé et étourdi. Il se préparait à sortir récupérer son prisonnier si cher quand il sentit une lame s'insinuer dans son dos.

Contournant cette satanée auberge à plusieurs entrées, un des fils de Donoran qui avait repéré son manège l'avait surpris par derrière et le tenait maintenant en respect. Conduit au beau milieu de la troupe, il fut immédiatement reconnu par Eolyhnn et livré aux bonnes mains des rodeurs présents pour s'expliquer. Quelques doigts tordus plus tard, Fandrall leur avouait une moitié de vérité et quelques mensonges sur les raisons de sa présence à Bree.

Il leur livrait surtout l'emplacement d'Astari, prétextant que des hommes à lui l'avaient certainement jeté dans quelques fourrés hors de la ville. Il escomptait que tous partent à sa recherche et c'est ce qu'il advint. Seul le garde du corps d'Astrai resta le surveiller.

Frandrall cherchait comment se débarasser de lui quand une ombre se glissa derrière lui et assomma le garde. Un poignard coupa prestement ses cordes et une voix lui murmura :

...tu es libre, va-t-en....

Sans cherche à comprendre plus, Frandrall déguerpit pour tout raconter à ses compagnons. Le lendemain, son cadavre flottait à la surface de la rivière.




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